Manifeste

Université HLM (hors les murs) de marseillologie 

Dans l’Antiquité comme au Moyen Âge, les savants, les philosophes, les astrologues et les mages pouvaient avoir le sentiment de posséder toutes les connaissances du monde ; le savoir universel étant alors contenu dans quelques milliers de parchemins et autres vieux grimoires qu’une vie d’études suffirait probablement à embrasser.  

Si de nos jours, nul être humain ne peut plus assimiler toutes les connaissances du vaste monde, il est peut-être possible de connaître tout ce que le monde sait de Marseille. Loin de tout soupçon de nombrilisme, la marseillologie est un universalisme. Elle nous enseigne à regarder le monde depuis Marseille, ville cosmopolite, « ville-monde », où les contrastes sociaux, culturels et géographiques sont si prononcés qu’ils offrent à l’observateur avisé un fascinant échantillon de notre humanité. Connaître Marseille, c’est donc approcher une part de la vérité du monde.  

Telle est notre profession de foi. Que nous énonçons avec un soupçon de mauvaise foi.  

  • Une science universelle 

La marseillologie fait appel à toutes les sciences : humaines, naturelles, dures, occultes. Les forces de l’urbanisme et de l’architecture se conjuguent ici aux enseignements de l’histoire, de la géographie, de la géologie, de la botanique, de la sociologie, de la poésie, des arts plastiques ; nous ne nous interdirons pas le recours à la psychologie, voire à la psychanalyse urbaine, pour sonder l’inconscient de Marseille, cette vieille dame bipolaire régulièrement sujette à de violentes crises d’automutilation.  

Notre ambition est de saisir Marseille dans toutes ses dimensions. Dans les moindres détails de sa réalité physique dont nous aimons examiner les formes, retrouver les strates, reconstituer la généalogie des mutations à travers les âges. Autant que dans les écrits, les images, les mythes et les fantasmes qui depuis trois millénaires, participent à nourrir l’imaginaire de Marseille. 

  • Une université « hors les murs » 

L’Université HLM de marseillologie propose un programme de formation à l’attention des marseillologues débutants et confirmés. Cet enseignement se déploie « hors les murs », dans l’espace public, et adopte principalement la forme de la balade urbaine, en filiation directe avec les pratiques esquissées par les illustres marseillologues qui nous ont précédés (des Excursionnistes marseillais au Bureau des guides du GR2013).  

La « balade » implique une notion de plaisir, et nous serons heureux de nous retrouver dans la ville pour y partager des déambulations certes savantes, mais tout autant sympathiques et amicales.  

Nous considérons ces balades comme des espaces de débat et de réflexion autour de la ville et de ses transformations. Dans un esprit d’éducation populaire, ces balades se nourrissent des interventions de chacun.es des participant.es. C’est une communauté itinérante, une intelligence collective en marche.  

  • Créer une culture locale / partager des savoirs situés 

Dans les discours médiatiques, comme dans les représentations, Marseille passe pour une ville complexe et chaotique, et donc ingouvernable. Ce paresseux raccourci est extrêmement nocif car il incite bien souvent à l’inaction, à abandonner la ville à ses vieux démons : « On ne peut rien faire, car c’est comme ça, c’est Marseille… ».  

La marseillologie nous apprend à déconstruire ces imaginaires, à décrypter cette soi-disante complexité tétanisante et à traiter Marseille pour ce qu’elle est, loin des fantasmes décourageants.  

Il est vrai que l’un des problème récurrents de Marseille est l’inculture de ses gouvernants, notamment en matière d’histoire urbaine : il est nécessaire de raconter et décrypter l’urbanisme de Marseille, notamment à celles et ceux qui ont la charge de faire fonctionner la ville (élu.es, fonctionnaires, profession.nelle.s du public et du privé). De cette manière, ils et elles pourront mieux la comprendre, mieux l’aimer, et mieux en prendre soin.  

Il en va de même pour le grand public, que l’Éducation nationale et l’Académie s’évertuent à priver de son histoire locale : l’Université HLM aura cette responsabilité de partager et diffuser la culture locale, l’histoire de nos rues comme celle de nos usages, et d’en faire une culture commune.  

  • Un programme forcément pluridisciplinaire 

Entre deux balades, l’Université HLM devra se poser pour des événements sédentaires : projections d’œuvres cinématographiques et documentaires, débats, performances, expositions, soirées thématiques… Nous prévoyons la création d’un « lieu ressources » accueillant une collection permanente de marseillologie ainsi qu’une bibliothèque largement accessible au public.  

L’Université HLM de marseillologie proposera sa première saison de formation au second semestre 2025.